Il aura fallu une crise sanitaire et économique pour que les cloches et les tambours se remettent à jouer cet air si doux et si agréable : les intermittents nous détroussent et pillent la sécurité sociale.

Enfoirés de saltimbanques.

En plus, comme théâtres, cinémas et concerts sont arrêtés, ils se retrouvent avec une année gracieusement offerte d’indemnité ! Quelle ignominie.

Avant d’envoyer une foule déchaînée démembrer les intermittents, reprenons les bases, et éclaircissons le sujet primordial : c’est quoi, un intermittent du spectacle ?

Pour commencer, quelques informations importantes. Dire de quelqu’un “c’est un intermittent” ne veux rien dire du tout. L’intermittence est un régime de cotisation : c’est comme si vous disiez d’un comptable qui cotise au régime général que “c’est un général”. Non. Bien que pour des questions pratiques (tout le monde le dit) j’emploierai les termes d’intermittents, il faut normalement dire, si l’on veut être correct : “technicien.ne” sous le régime de l’intermittence. Mais c’est long à écrire.

Deuzio, il faut préciser que, pour bénéficier de l’allocation chômage (limitée à un an maximum), il faut travailler 507 heures en douze mois (910 heures en 24 mois pour les salariés au régime générale), soit trois mois et demi de travail en semaine à 35h. Si on ne les fait pas à sa date anniversaire (la date du début des droits) aucune prestation ne sera versée l’année suivante. Les 507 heures fournissent juste le droit aux allocations. Son montant est ensuite plus conséquent si on fait plus d’heures. Sachez, par contre, qu’il y a environ 48% des personnes éligibles qui ne parviennent pas à obtenir ce droit par manque d’heures.

Je ne vais pas refaire l’historique et détailler les avantages et inconvénients fiscaux de ce régime. Après tout, si vous voulez tout savoir là-dessus (ou presque) en 3 minutes, je vous conseille cet épisode de Data Gueule : Il est de 2013, mais toujours d’actualité.

Non, ce qui est intéressant, c’est de voir comment vit une personne sous le régime de l’intermittence. Dans le confort bien douillet et protecteur des CDI, on ne peut comprendre l’angoisse et le stress quasi permanent de ces personnes : quand vais-je travailler ? Ferais-je mes heures ? Et si oui, à quelles conditions ? Car, pour des intermittents en manque d’heures, il est bien simple pour un employeur de jouer au marchandage en fournissant une dizaine d’heures contre un taux horaire moindre ; et comme on ne peut toujours refuser en voyant sa date de fin de droit arriver, on se laisse prendre.

L’intermittence (n’oubliez pas, c’est un régime, pas un statut), c’est également la mobilité et la difficulté de se poser à un endroit précis. Quelqu’un dans le théâtre va suivre des troupes, faire des tournées, et va s’installer quelques nuits dans des hôtels de passage. La vie de famille n’est pas la plus simple, de même que toutes autres relations. Et avec tout ça, se poser à un endroit précis pose un autre problème : obtenir un appartement. Pour la location d’un bien immobilier, les intermittents font face à une méfiance et un mépris qui leur est bien défavorable. Comment investir dans quelqu’un dont les revenus ne sont pas forcément fixes ?

L’intermittence, on a tendance à l’oublier, c’est aussi des professionnels, des personnes qui ont fait des études pour un métier précis, et qui n’est pas le fruit de quelques heures passées à regarder des tutos Youtube. Par conséquent, ils ont le droit de vous demander un salaire correct. Un.e photographe, qui se déplace au mariage de votre cousin du côté de votre père, pour en arriver là, c’est minimum deux ans d’études, une connaissance parfaite des focales, de l’utilisation de spectromètres, trois mille euros de matériel à acheter et à mettre à jour régulièrement, plusieurs après-midi de sélection et de modifications des photos etc… Donc non. On ne peut décemment pas comparer son travail à celui du beau-frère qui a un Iphone et à qui on file un billet de cinquante balles pour prendre les photos de l’événement ; sinon, optez pour la même logique partout, et demandez à votre frère cordon bleu de faire le traiteur…

L’intermittence, c’est aussi des conditions de travail qui ne font pas pâlir d’envie nous autres 35h. C’est des horaires flexibles, toujours changeant, de jours, de nuits, de week-end et jours fériés. Bien qu’une partie des techniciens de l’audiovisuel ou du théâtre sont  »à plein temps » dans une entreprise, ils ne sont jamais à l’abri d’être libérés, du jour au lendemain, de leur prestation.

Cependant, quand on arrive à avoir son statut, le salaire moyen est de 2322 € pour les technicien.nes, et 2020€ pour les artistes. Un salaire enviable pour beaucoup quand on sait que le salaire médian en France est de 1789€. Mais le stress, le manque de vie sociale, le rythme de vie changeant ne suffisent pas à combler totalement ces avantages. Cependant, s’il y a bien une chose qu’ils ont et que peu d’entre nous possédons c’est que, malgré les difficultés, ils ont choisi cette voie et qu’au moins, eux, font leur travail avec amour et passion. Et ça, ça sauve tout le reste.

Sources :

CPNEFSV : L’emploi intermittent dans le spectacle au cours de l’année 2016

FranceInfo : Une année blanche pour les intermittents

Pôle Emploi : Notice pour l’obtention de l’Allocation de Solidarité

Pôle Emploi : Guide de l’intermittent