– Fabien, peux-tu nous décrire ton parcours ?

J’ai obtenu mon diplôme de Chef opérateur du son à 3IS en 2010. J’ai suivi ensuite une formation plus poussée dans le domaine de la post-production son. Puis grâce à d’autres opportunités, j’ai commencé à travailler dans l’institutionnel, et dans la série télévisée  « Les mystères de l’Amour » en tant qu’opérateur son. Depuis j’arrive à mélanger mes deux passions pour le son, d’un côté la post-production en tant que sound designer et mixeur, de l’autre les tournages en tant qu’opérateur son pour des documentaires, séries et films corporate.

– C’est quoi exactement, le Sound-Design ?

Le Sound-Design, c’est réussir à créer un univers sonore qui va illustrer soit quelque chose qui n’existe pas (le rugissement d’un dinosaure ou le déplacement d’un virus informatique), soit marquer un sentiment, une émotion à l’écran. Le but n’est pas d’ajouter du son pour du son, mais de rendre l’image et le son cohérents dans un univers plus ou moins homogène.

– Justement, tu as travaillé sur Cybervox. Qu’y faisais-tu ?

Je gérais toute la post production son. Je récupère la vidéo finie, j’y ajoute la voix off préalablement enregistrée, et ensuite, je crée tout l’univers sonore. A partir de la musique composée et les quelques ajouts sonores qu’ont pu ajouter le réalisateur ou le monteur, je vais pouvoir créer un contenu cohérent et homogène. Ensuite, je mixe le tout, en faisant en sorte que la voix soit la source sonore la plus forte, accompagnée en fond par tout l’univers sonore.

– Mais comment réussir à donner un univers sonore cohérent à une chose aussi virtuelle que le virus informatique dans Stuxnet ?

Il faut suivre la note d’intention du réalisateur, et le visuel que fournit le Motion Designer. Je m’inspire de ce que je vois, la vitesse de l’animation, les couleurs (plutôt agressives dans les tons rouges, ou passives dans les vert-bleu). C’est en premier lieu cette identité visuelle qui va donner les premières pistes. Ensuite, c’est de la pure création.

– C’est une liberté ou une contrainte de travailler sur de tels projets ?

C’est une liberté incroyable ! Tout technicien a sa patte, son univers, ses goûts… On se doit de respecter les consignes, mais on propose également. Le réalisateur ou le client n’a pas forcément les connaissances que nous avons sur les libertés sonores, nous pouvons explorer des pistes qu’il n’imaginait pas ! C’est un travail artistique, et j’ai vraiment plaisir à créer, mixer, à donner vie à ces animations. C’est une vraie chance !

– En plus de la création, tu es également opérateur son, tu captes donc le son en direct. C’est important d’avoir un ingénieur son en tournage ? Même institutionnel ?

Sur un tournage, chacun a son rôle. Le cadreur, il va vérifier la lumière, le cadre, les contraintes lumineuses, et gérer la caméra pendant les interviews. Le journaliste ou réalisateur va lui s’occuper de l’installation mais surtout du client, préparer les questions, les poser, et dialoguer avec la personne à l’écran. Ils sont pris dans leur domaine de compétences, et c’est normal, mais pendant ce temps, personne ne s’occupe du son. On va enregistrer le son en mode automatique sur la caméra, ce qui aura tendance à le compresser et donc à réduire la qualité du produit fini, ou on va mal gérer le gain, ce qui risque d’amener également des complications d’intelligibilité de la vidéo. L’ingé son est également là pour prévenir l’équipe technique des contraintes sonores : une climatisation en marche, une machine à café un peu trop bruyante… Tous ces sons qui ne s’entendent pas forcément au moment du tournage, risquent d’amener trop de bruits parasites, comme du souffle, au moment du rendu final de la vidéo. De plus, étant entièrement concentré sur le son, je peux intervenir lors de l’interview pour avertir par exemple qu’un mot important, un mot clé de l’interview,  était mal enregistré ou écorché à l’articulation, ce qui me permets de demander à l’orateur de répéter la phrase où il y a eu problème.

Il ne faut pas oublier que lorsque l’on regarde un film, si le son est raté, on sort direct du film et de l’intrigue, perdant ainsi l’intérêt du spectateur. Pour un film institutionnel, c’est encore pire, la vidéo doit être dynamique du début à la fin, le moindre problème, comme un problème de son, un niveau sonore trop faible ou encore une prise de son mal effectuée, et on perd l’attention du spectateur qui ne regardera certainement pas la vidéo jusqu’au bout.

Livre Blanc [extrait] : De l’intérêt d’avoir un Ingénieur du Son

– Parmi tous tes projets, il y en a un qui t’a marqué plus que les autres ?

Je viens de terminer un tournage en Argentine. Un tournage en trek, en totale autonomie. J’accompagnais un guide de haute montage et un spéléologue : leur but était de plonger dans le lac le plus haut du monde, à 6400 mètres d’altitude, dans une eau à 2° ! C’était vraiment marquant : déjà par les conditions : tempête de sable, de neige, des orages tambours battants, et même un désert dans lequel nous sommes restés 3 jours sans eau ! Le premier soir, on était à 3800 mètres, j’ai eu le mal des montagnes : mal à la tête, suffocation, nausées, insomnie… Et il fallait repartir le lendemain en pleine forme ! D’un point de vue technique, il fallait tout prévoir : des pièces de rechange, des micros en spare, gérer l’autonomie des batteries… La nuit il faisait tellement froid qu’une partie de mon duvet était gelée au réveil, je dormais avec mes batteries pour conserver leur capacité d’autonomie. Mais surtout, c’était un tournage qui nécessitait une concentration de chaque instant. Il était impossible de refaire les prises, c’était du one shot, il pouvait y avoir un plan à tourner à chaque instant. Il fallait être toujours concentré, éveillé, prêt à enregistrer. Mais avec le manque d’oxygène tes capacités de concentration sont limitées. C’était épuisant, mais vraiment passionnant !

– Quels sont tes projets pour la suite ?

Je viens de terminer de faire le son d’un épisode pilote pour Netflix, sur des portraits de personnalités atypiques dans l’univers du vin dans le monde. Normalement la réponse de financement devrait arriver en fin d’année. J’attends également la réponse pour un documentaire en Antarctique, dont on vient de finir le teaser. Un autre documentaire en 2021 également et beaucoup de vidéos institutionnelles. Normalement, si ce n’est pas annulé avec le confinement, je serais également ingénieur du son pour AMP audiovisuel sur la tournée du « French Fab Tour ».

– Justement, le confinement : un conseil pour passer le temps ?

Pour les intermittents qui peuvent travailler de chez eux, essayez de faire des projets, même gratuits. Il ne faut pas oublier que de nombreux projets sont issus d’initiatives indépendantes. Les aider, ça permet également de se développer, s’améliorer, se cultiver… Il y a toujours à faire et à apprendre !

ITW de la ministre de la Défense, en plein COVID-19 !