ITW Métier – Alexandre Leraître – Réalisateur et Dessinateur

– Alexandre, est-ce que tu peux nous décrire ton parcours en quelques lignes ?

Après le bac littéraire je me suis accordé une année à me perfectionner en Bande Dessinée, vu que c’était à peu près la seule chose qui m’intéressait : raconter des histoires par l’image. J’ai repris les études l’année d’après : d’abord en philosophie, puis en Science politique, à Paris 8 Vincennes, puis à la Sorbonne, en me spécialisant en relations internationales. Après ça je m’accorde à nouveau un an pour compléter une BD (167 pages, s’il vous plaît) avant de conclure mon parcours par deux années d’Intelligence Economique à l’EISTI de Cergy. C’est pendant cette ultime période d’étude que j’ai travaillé sur l’affaire Alstom avec David Gendreau.

– Peux-tu nous présenter MGS ?

C’est une agence de communication spécialisée sur les questions stratégiques : politique, industrie, défense, renseignement, cybercriminalité. Le concept est de combiner notre double casquette d’analystes et de communicants pour produire des vidéos qui vulgarisent ces sujets compliqués pour le grand public.

Notre valeur ajoutée c’est de comprendre à la fois les enjeux stratégiques contemporains d’un côté, et de maîtriser les codes de la narration, de la fiction et du cinéma de l’autre. A ma connaissance, personne ne fait ça à part nous : les communicants se limitent à filmer ou à produire des motion design à la chaîne, et les experts en stratégie donnent des conférences pointues mais inaccessibles au grand public. Le pari de MGS, c’est de réconcilier les deux et d’équilibrer le fond et la forme pour intéresser un maximum de gens.

– Comment a été conçu Guerre Fantôme ?

Je débutais à peine ma formation en intelligence économique que mon ami David Gendreau, qui aime bien assister à des conférences/débats, me passe un coup de fil : il est tombé sur l’affaire du siècle, l’affaire Alstom. Intrigué je lis le rapport qu’il m’envoie, et effectivement je me prends, comme lui, une grand claque. Nous nous retrouvons face au plus gros scandale industriel de ces 20 dernières années, et personne n’en parle en dehors de quelques conférences confidentielles !

2 semaines plus tard, nous décidons d’en faire un film, déjà parce que le sujet s’y prête : il s’agit littéralement d’un thriller d’espionnage avec un potentiel cinématographique fort, mais également d’un sujet qui recoupe nos centres d’intérêt depuis plusieurs années, à savoir la géopolitique, l’intelligence économique, la souveraineté.

Je me dis bien vite que mes deux années à « glander » en faisant de la bande dessinée pourraient par ailleurs être mises à profit pour illustrer les scènes clé, tandis que David a acquis des compétences fortes en cadrage, montage, sans compter sa cinéphilie inépuisable. Tous les ingrédients étaient réunis pour lancer le projet, même si on ne s’attendait pas à le vendre à une chaîne, ni qu’il ait du succès.

Dessin d’Alexandre pour le film « Guerre Fantôme : la vente d’Alstom à General Electric »

– Quelle expérience, quelle leçon tu as tiré de ce documentaire ?

Je paraphraserai David : si on avait attendu qu’une chaîne de télé nous donne du fric pour le faire, il ne se serait jamais fait. A un moment quand un sujet vous tient à cœur, il faut se lancer, personne ne le fera à votre place, personne ne vous subventionnera. Après c’est du boulot, c’est pas payé, et il faut réussir à faire ça en parallèle du reste de votre vie. Mais au vu de l’impact que ça a eu, le moins qu’on puisse dire, c’est que ça valait le coup.

– C’est quoi les projets à venir ?

On essaie de pousser d’autres projets documentaires auprès des chaînes, mais il y a tout un agenda bureaucratique à respecter pour que ça se fasse. En parallèle nous travaillons dans le cadre de notre agence de communication MGS – Média Géo Stratégie, pour réaliser des formats de vidéos courtes destinées à Internet. Et je continue à faire de la bande dessinée de mon côté en participant à divers concours.

– Comment on passe de Guerre Fantôme à Stuxnet ?

On reste dans des domaines proches : la géopolitique, les opérations clandestines… Stuxnet est la commande d’une start up en cybersécurité, Holiseum, qui a beaucoup apprécié Guerre fantôme, et qui souhaite sensibiliser le grand public et les décideurs aux enjeux de la cybercriminalité.

Ça permet aussi de combiner toutes nos passions en une seule activité : faire de la réalisation audiovisuelle sur des sujets stratégiques et politiques. Dans certains cas ça peut avoir une réelle utilité sociale quand on voit que ça fait réellement bouger les lignes, comme dans l’affaire Alstom, et forcément c’est gratifiant.

– C’est quoi pour toi l’importance des vidéos animées ?

Un bon dessin vaut mieux qu’un long discours comme disait Bonaparte. Les gens ne lisent plus (un livre et demi par an en moyenne…). Des formats courts d’animation bien réalisés permettent de faire passer beaucoup d’idées en un minimum de temps, à une époque dominée par « l’économie de l’attention », où tout le monde zappe très rapidement d’une actualité à une autre dans son fil d’actualité. On peut le déplorer ou s’en réjouir, mais quitte à ce que les gens ait remplacé la lecture de journaux par du contenu vidéo, autant que ces vidéos soient faites le plus rigoureusement possible, dans le fond et dans la forme.

– Et l’avenir de la réalisation dans tout ça ?

La télévision classique s’effondre petit à petit à cause d’un public qui migre sur internet pour s’informer et consommer du cinéma, des séries et des émissions. Je dirais donc que l’avenir est à la désintermédiation, l’émetteur s’adresse directement à son public.

Le problème est de trouver un business model pour rendre tout ça rentable. Il suffit que Youtube modifie son algorithme de rémunération des vidéastes pour que tous se retrouvent au chômage du jour au lendemain. Ils ont d’ailleurs de plus en plus de mal à monétiser leur travail. L’ancien monde meurt, et le nouveau peine à advenir. On est encore dans une espèce d’entre deux.

Vous pouvez suivre les travaux d’Alexandre sur sa dernière BD en cliquant sur cette phrase ! Et le retrouver à ce sujet sur les réseaux : FacebookTwitter

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